Look twice – Karima Boudou

Karima Boudou est une commissaire d’exposition complétant ses études à Amsterdam, en Hollande. Elle participe à KSAT#6 dans un projet la réunissant avec l’artiste Soufiane Ababri. Nous lui avons demandé de choisir 3 images qui représentaient son parcours dans l’art et qui pourraient nous permettre de vous la présenter.

Karima Boudou is a curator who’s achieving her studies in Amsterdam, Holland. She’s taking part of KSAT#6 in a project with the artist Soufiane Ababri. We asked her to pick 3 images that could represent her path in art and the could help us introduce her to you.

1

Cette photographie a été prise chez moi à Amsterdam. J’ai volontairement choisi cette image pour ce qu’elle représente et ce qu’elle signifie. Elle représente feu Hassan II, ancien roi du Maroc, posant en costume dans ce que l’on pourrait appeler un intérieur marocain, accoudé à un fauteuil bourgeois. L’attitude et la pose sont celles d’un homme jovial et mondain. Elles racontent le récit d’un homme qui, dans l’histoire du Maroc, a été une personne aux multiples identités, un personnage complexe comme j’aime les lire dans les histoires, les documents d’archives et les découvrir dans les expositions. Par-dessus tout, j’aime les cartes postales et cette image en constitue un bel exemple, une sorte de carte postale d’une identité complexe et extensible…

This photograph has been taken at my place in Amsterdam. I picked this picture because of what it represents and what it means. It’s Hassan II, former king of Morocco, posing in a costume that you could name an Moroccan interior, leaning on a bourgeois-type chair. The attitude and posing are those of a jovial and socialite man. It tells the story of a man who, regarding the history of Moroxxo, was a person with multiple identities, a complex character as I like to read in stories, archives and documents discovered in exhibitions. Above all, I love postcards, and this image is a good example, a sort of postcard of a complex and extensible identity.

2

C’est une pièce de monnaie de 2 rupees que j’ai trouvé en arrivant ici, dans ma chambre, à Amsterdam. J’ai choisi cette coïncidence car il y a une inscription qui m’intéresse sur la pièce: “National integration”. Décalage culturel, car cette pièce est celle d’une culture qui ne m’ appartient pas, mais pourtant elle résonne avec ma réalité et mon parcours. Mes parents se sont rendus en France lors des années 1970 grâce aux nouveaux contrats de travail proposés aux jeunes Marocains. La continuation d’une sorte d’ “indépendance dans l’interdépendance”, formule qui fait référence à la fin du protectorat français signé par les  responsables français et la délégation d’Al Istiqlal. En faisant quelques détours on pourrait interpréter ce geste sur la photographie, comme cristallisant la possibilité de briser certains malentendus culturels.

This is a coin of 2 rupees that I found when I came here, in my room, in Amsterdam. I picked this coincidence because what’s written on the coin interests me : « National Integration ». Cultural shift, because this coin is from a culture that I’m not part of, yet it resonates with my reality and my career. My parents arrived in France during the 1970s due to new employment contracts offered to young Moroccans. The continuation of a sort of « independence within interdependence », this formula refers to the end of the French protectorate signed between French officials and the delegation of Al Istiqlal. By making a few detours we could interpret this gesture on photography as crystallizing the possibility of breaking some cultural misunderstandings.

3

La dernière image est un document de travail. C’est une image de la réplique de l’atelier de l’artiste Donelle Woolford, artiste africaine-américaine. On y voit la reconstitution de son atelier à l’Institute of Contemporary Arts (ICA) à Londres, en 2008.  Cette image est liée à  une exposition que je  prépare pour l’Institut Français des Pays-Bas à Amsterdam, qui aura lieu en juin prochain. J’ai invité l’artiste à installer la réplique de son atelier dans l’espace d’exposition. C’est la première exposition dont j’assure le commissariat individuellement, et elle contient un certain nombre d’éléments qui traînaient dans mon esprit depuis quelque temps. L’un deux est la mise en route de multiples points de chute historiques dans le présent, le deuxième est celui du simulacre et du double dans la représentation. Dans la réplique de son atelier, Donelle Woolford fabrique des tableaux cubistes. Pendant le cours de l’exposition, l’artiste a accroché ses tableaux cubistes, placés aux côtés de plantes exotiques, camouflant ce que nous voyons. Il y a ce que l’on voit et ce qui est en jeu, cela nous invite à y regarder à deux fois…

The last image is a picture that document what I’m working on. This is a picture of the replica of the studio of the African-American artist Donelle Woolford. It shows the reconstruction of her workshop at the Institute of Contemporary Arts (ICA) in London in 2008. This image is connected to an exhibition I am preparing for the French Institute of the Netherlands in Amsterdam, which will take place in June, 2013. I invited the artist to install a replica of her studio in the exhibition space. This is the first exhibition I’m curating alone, and it contains a number of elements that have been in my mind for some time. One of them is the start of many historical parallels in the present, the second is the simulacrum and the duality in the representation. In the replica of her workshop, Donelle Woolford produces Cubist paintings. During the exhibition, the artist has hung up her cubist paintings, placed alongside exotic plants, hiding what we see. There is what is seen and what is at stake, it invites us to look twice …